Il y a douze mois, à cette heure-ci, j'étais seule dans mon lit, j'étais seule dans ma chambre, j'étais seule dans mon corps...

   Cette nuit, je me suis réveillée à cause de ce que j'ai identifié comme des contractions. Sans réveiller Alex, j'ai pris mon portable et j'ai lancé les chronos. Durant deux heures j'ai minuté. J'ai atteins les 7 min puis sans m'en rendre compte, j'ai fini par m'endormir. Fausse alerte.

Au réveil, en repensant à la nuit que je venais de passer, j'ai été prise d'une sorte de frénésie. En effet, je rangeais la maison, fis un brin de ménage, pris un bon bain, lavais mes cheveux et pris même le temps de les coiffer. Je me maquillais aussi, juste au cas où...

En tout début d'après-midi, les contractions ont repris. Assise sur le ballon prété par les sage-femmes, j'ai mis en pratique leurs conseils afin de supporter la douleur. Je précise que biensûr, le chrono avait été remis en route. Vers 16h il me semble, j'ai appelé la clinique pour leur demander leur avis sur les sensations que j'avais. La sage-femme me questionna sur la fréquence de mes contractions. Elle me conseilla de prendre un advil et me précisa que si la douleur ne passait pas, il serait alors temps de me rendre à la maternité.

J'appelais Alex à 18h pour lui demander d'annuler sa séance d'escalade qui se trouvait à une heure de la maison. Les contractions ne passant pas, j'étais plus rassurée de le savoir à mes côtés si l'heure avait sonnée.

Dès son arrivée à la maison, je lui dis d'aller prendre une douche, de dîner car nous devrions partir d'ici peu. les contractions passaient sous la barre des 5 min et nous avions 35 min de trajet( soit à la campagne: 30km à parcourir).

Je me souviens que les douleurs se sont intensifiées durant le trajet. Le siège de la voiture était loin de m'apporter autant de confort que le ballon que j'avais laissé à la maison. Je pensais très fort au hall d'entrée de la maternité avec son pilier central devant lequel je m'imaginais m'accroupir afin de me soulager un peu. Les exercices que j'avais tant répété et travaillé lors de ma prépa à l'accouchement à la piscine ont pris tout leur sens! J'en délaissais certains pour trouver du réconfort avec d'autres. J'ai trouvé le trajet long et je crois même avoir demandé à Alex d'accélérer un peu...

J'ai retrouvé ce fameux pilier avec plaisir! La sage-femme nous a accueilli et nous a accompagné dans une chambre afin de lancer un monito et de vérifier l'état de mon col. Verdict: ouverture à 3 à 21h00. C'était pour cette nuit!

Je précisais à la sage-femme que je faisais du chant prénatal et qu'on m'avait demandé de prévenir l'équipe car cela pouvait accélérer le processus.

Ensuite mes souvenirs sont moins clairs. Je me souviens d'avoir "chanté", soutenue inlassablement par Alex. Il me soulagea en appuyant sur les points d'accupressures que l'on nous avait montré lors des prépas. Il en était en sueur. Nous avons pu passer dans la douche sous les conseils de la sage-femme. Alex était en caleçon et gérait la répartition de l'eau sur mon corps. Puis, pendant que je "chantais", j'ai eu envie de pousser, bon en fait j'ai poussé! Je lui ai demandé d'appeler la sage-femme. Elle m'a fait me rallonger et à constater la dilatation de mon col: 7. Accompagnée de l'auxiliaire puer, nous sommes tous les quatres descendus dans la salle nature. Il devait être 23h30. C'est la dernière fois que je donnerai l'heure jusqu'à la naissance du bébé car je n'ai quasiment plus ouvert les yeux par la suite.

Alex était constamment à mes côtés, je l'entendais, j'entendais une voix qui me ramenait dans les graves quand je déraillais. Je sentais sa main, sa présence même si je ne le percevais plus tout à fait. J'entendais les conseils de la sage-femme, qui me rappelalt les conseils que j'avais travaillé lors de ma prépa. Elle me passa le ballon baudruche que nous avions ramené. Vu l'aisance que j'avais à le gonfler, elle me l'a vite enlevé pour me donner une paille. Et là, c'était parti. J'avais arrêté le chant et je poussais. Je visualisais la sortie de mon bébé et je poussais encore. Je sentis un énorme jet de liquide sortir de moi. Cela ne m'a pas décontenancé, j'étais trop concentrée. Je sentais que bébé ne descendait plus alors que je sentais que mon corps faisait du bon travail. J'entendais la sage-femme et la puer chuchotés. Elles m'ont demandé si je voulais bouger. Je répondis que oui mais que j'avais besoin d'aide. Mon bassin était comme anesthésié par la douleur. Je me souviens d'un rayonnement de douleur partant de mes reins jusqu'à mon pubis. Après m'être déplacée, j'ai encore poussé. A un moment j'ai perdu patience "MAIS POURQUOI IL NE SORT PAS???#&@%*£". Les filles m'ont alors expliqué que pour une raison qu'elles n'avaient pas identifié, bébé semblait bloqué et que les 30 min arrivaient à leur terme. Elles m'ont donc préparé à passer dans la salle médicalisée. En me redressant, j'ai poussé, une fois debout, j'ai poussé, à quatre pattes sur le nouveau lit j'ai poussé. Les contractions étant très rapprochées, je me suis retrouvée à pousser dans des positions un peu surprenantes( pour moi, à ce moment là!). Une fois sur le lit, je me souviens avoir eu un peu plus de répis. L'équipe médicale se préparait et tournait autour de moi. j'ai ouvert les yeux, ai croisé du regard un anesthésiste, lui ai souris et lui ai même sussuré un "salut" avant de m'excuser car je devais de nouveau pousser! L'équipe nous expliquait que vu que le temps était dépassé et que bb risquait d'être en souffrance, il faudrait me préparer à une césarienne. Ca n'avait aucune importance, j'avais tout donné et j'étais prête à accompagner mon bébé lors de sa sortie même si ce n'était pas par la voie naturelle! Les différentes positions adoptée lors de mon transfert, l'annonce de la césarienne ont probablement eu un effet positif car dans une ultime poussée, bébé est sorti (bon, petite épisio de rien du tout mais bon sans anesthésie, ça pique!!!). Ce fut mon dernier gros-mot de la nuit( pour être honnête, il y en a eu trois!!!). Et bébé fut posé sur mon ventre à 1h15.

Il a ensuite été transféré dans une salle à côté. Je demandais à Alex de garder un oeil dessus. C'était long, la sage-femme s'occupait de moi et l'ensemble de l'équipe était à côté avec bébé. Ils ont fini par nous le ramener. L'auxiliaire puer l'a déposé sur ma poitrine pour une séance de peau à peau ainsi que pour la tétée de bienvenue. Je l'ai dévisagé et j'ai regardé Alex. Deux phrases me sont venues: Bernadette et maman sont grand-mère"s et plus tard "nous sommes papa et maman".

Puis ont commencé tout une batterie d'examens. Robin ne récupérait pas bien. La pédiatre du samu est donc arrivée et Robin est de nouveau passé dans la salle d'à côté. Nous, nous étions épuisés. La pédiatre nous a ensuite expliqué que par précaution, Robin allait être transféré dans un service de néonatologie et qu'ils étaient entrain de lui chercher une place: Bretonneau, clocheville plus de place. Restait Poitiers et Angers! Là, on a flippé, pas question que bébé soit transféré à Poitiers, nous ne connaissons personne à Poitiers, où loger si jamais il le garde??? Bref, on a expliqué que Angers, c'était vraiment plus pratique pour nous! (les parents d'Alex vivent à 15 min du service!!!)

Robin est donc parti dans une énorme couveuse électronique en direction du service de Néonat d'Angers. Nous lui avons glissé mon t-shirt, le doudou que je lui avais réalisé ainsi qu'un petit plaid confectionné aussi par mes soins. Nous lui avons expliqué qu'il allait partir, et que soit il reviendrait vers nous, soit nous irions le rejoindre.

Puis Alex et moi sommes remontés dans notre chambre. Epuisés tous les deux, car cette nuit-là, c'est ensemble que nous avons accouché. Je me souviens que nous avons été embêté aussi. Prévenons-nous la famille de la naissance ou pas? Pour leur dire quoi? "bébé est né mais en néonat!" Nous avons fini par appeler mais après avoir dormi, en début d'après-midi.

C'est ce soir là, que je me suis sentie terriblement seule. J'entendais les bébés des autres à travers les murs et seule ma soeur Nina était passée me rendre visite dans l'après-midi. Je n'avais pas de toute façon pas l'énergie de recevoir d'autres visiteurs mais Alex me manquait terriblement et je me sentais atrocement vide.

Ensuite, ont circulé tout un tas d'informations et de contre-informations: "Oui, robin devrait vous rejoindre dans votre mater" "Non, pas de transfert possible, mais on attend confirmation!". Alex est donc allé rejoindre Robin à Angers afin qu'il ne reste pas seul trop longtemps en attendant d'avoir une réponse définitive.

J'ai dû attendre le lendemain matin avant que le personnel médical me confirme qu'il n'y aurait pas de tranfert de Robin vers Chinon et que par contre, une chambre m'attendait là-bas si je le souhaitais!

Après avoir pu longuement discuter avec mes sage-femmes, re visualisé/verbalisé encore et encore notre accouchement, je me préparais à quitter la maternité de Chinon, pour ne plus y revenir.

En effet, mon transfert a été organisé en ni une, ni deux (super rapide la procédure, j'étais agréablement surprise!). A l'hopital d'Angers, j'étais attendue. Après un rapide entretien, on m'installait dans une chambre et on me montrait le chemin de la néonat (2 étages en dessous, après un long couloir...) Je retrouvais donc Alex et Robin dans sa petite pièce.

Les trois jours qui ont suivis se sont bien passés mais m'ont usé. La néonat est éprouvante. Moi qui avais choisi une petite mater labélisée HAB(hopital ami des bébés), non médicalisée, me retrouvais dans une mater de 5 étage avec un bébé branché!

Après un énième contrôle cérébrale, oxygène etc, nous pouvions enfin rentrer chez nous. Dans la voiture, j'ai pleuré, énormément, sans pouvoir m'arrêter. Les nerfs, la joie, je ne sais pas trop... Notre vie à trois commençait enfin.

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